Indépendance, occupations et rétablissement de l’État
De la proclamation de l’indépendance en 1918 à l’adhésion à l’Union européenne en 2004, la Lituanie traversa deux occupations soviétiques et l’occupation nazie. Le rétablissement de son indépendance en 1990, porté par un mouvement pacifique, fut suivi du recours à la force par l’Union soviétique. Ces événements restent au cœur de la mémoire du pays.
16 février 1918 : le jour de l’indépendance
La Première Guerre mondiale entraîna l’effondrement des empires russe, allemand et austro-hongrois, qui avaient dominé l’Europe orientale. Cette rupture permit aux mouvements nationaux de la Baltique, dont celui de la Lituanie, de revendiquer un État indépendant.
Le 16 février 1918, à Vilnius, les vingt membres du Conseil de Lituanie signèrent l’Acte d’indépendance lors d’une séance présidée par Jonas Basanavičius. Le texte proclamait le rétablissement d’un État indépendant et la rupture de ses anciens liens étatiques avec d’autres puissances. Le territoire lituanien restait alors sous contrôle allemand.
Le 16 février est aujourd’hui l’une des principales fêtes nationales de Lituanie. Il commémore la proclamation de 1918, qui précéda l’exercice effectif de l’indépendance.
La République de l’entre-deux-guerres
La première République de Lituanie exista de 1918 à 1940. Une réforme agraire démantela de grands domaines et redistribua des terres aux paysans. L’État se dota d’un parlement, de tribunaux et d’une armée, et l’enseignement devint obligatoire. Le lituanien acquit une place centrale dans les institutions et dans la recherche. Cette république ne resta pas une démocratie parlementaire pendant toute la période : le coup d’État du 17 décembre 1926 fut suivi de la dissolution du Seimas, sans nouvelles élections, le 12 avril 1927. Le pouvoir se concentra ensuite autour du président.
Kaunas fut la capitale provisoire de la Lituanie, tandis que Vilnius était sous contrôle polonais, au cœur d’un différend entre les deux pays. Son architecture moderniste de l’entre-deux-guerres a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2023. Vous pouvez en découvrir l’héritage dans les rues de la ville, ses bureaux de poste, ses immeubles d’habitation et ses bâtiments publics.
Le pacte Molotov-Ribbentrop et l’occupation de 1940
Le 23 août 1939, le pacte entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, ainsi que ses protocoles secrets, préparèrent le partage de l’Europe orientale. Au départ, la Lituanie fut placée dans la sphère d’intérêt allemande, mais l’accord germano-soviétique du 28 septembre 1939 transféra la plus grande partie de la Lituanie dans la sphère d’intérêt soviétique.
En juin 1940, l’Union soviétique occupa la Lituanie après un ultimatum imposant l’entrée de troupes supplémentaires et la formation d’un gouvernement prosoviétique. Les institutions mises en place sous cette occupation ne représentaient pas un choix libre de la population. L’annexion à l’Union soviétique suivit en août 1940.
Les politiques de reconnaissance ne furent pas identiques dans tous les pays. Les États-Unis ne reconnurent jamais l’incorporation forcée de la Lituanie à l’Union soviétique et maintinrent le statut diplomatique de ses représentants.
Déportations massives de juin 1941
La première déportation massive depuis la Lituanie occupée commença le 14 juin 1941. Le Musée de la Guerre Vytautas le Grand indique qu’environ 17 000 personnes furent déportées du 14 au 19 juin 1941. Cet événement relève de la première occupation soviétique, avant le retour de l’Armée rouge en 1944.
Musée de la Guerre Vytautas le Grand : déportations de juin 1941
L’invasion nazie et la Shoah
En juin 1941, l’Allemagne attaqua l’Union soviétique, et la Lituanie passa rapidement sous occupation allemande nazie. Ce fut une catastrophe pour les Juifs de Lituanie. Pendant l’occupation nazie, environ 90-95 % des Juifs de Lituanie furent assassinés, soit environ 190 000 à plus de 200 000 personnes. C’est l’une des pertes proportionnelles les plus élevées subies par une communauté juive dans l’Europe occupée par les nazis.
En Lituanie, les recherches et les débats sur la collaboration et la résistance pendant l’occupation nazie se poursuivent. Ils participent au travail de mémoire sur l’assassinat des Juifs de Lituanie.
Deuxième occupation soviétique et déportations
En 1944, l’Armée rouge revint. La Lituanie redevint une république socialiste soviétique, cette fois jusqu’en 1990. Le pouvoir soviétique déporta des dizaines de milliers de personnes en Sibérie et dans d’autres régions reculées de l’URSS. La résistance armée dura jusqu’au milieu des années 1950. Les partisans, appelés les frères de la forêt, combattirent dans les forêts et les villages.
Sąjūdis et la Voie balte
En 1988, Sąjūdis, mouvement de réforme dont le nom signifie « mouvement », rassembla des centaines de milliers de personnes. Il organisa une mobilisation pacifique en faveur du changement politique.
Le 23 août 1989, cinquante ans après le pacte Molotov-Ribbentrop, environ deux millions de personnes se donnèrent la main de Vilnius à Tallinn en passant par Riga. Cette chaîne humaine, la Voie balte, s’étendait sur environ 600 à 675 kilomètres. Elle rendit visible la revendication de liberté des populations des trois pays baltes.
11 mars 1990 et rétablissement de l’État
Le 11 mars 1990, le Conseil suprême de Lituanie vota le rétablissement de l’indépendance par 124 voix pour et aucune contre. La Lituanie fut la première république soviétique à prendre cette décision. L’Union soviétique répondit par un blocus économique, puis par des interventions militaires.
Dans la nuit du 13 janvier 1991, les forces soviétiques attaquèrent la tour de télévision de Vilnius ainsi que le bâtiment de la Radio et Télévision lituaniennes. La chronologie du Seimas recense 13 civils tués pendant les attaques et plus de 500 blessés. Vytautas Koncevičius mourut le 18 février des suites de blessures par balle et figure parmi les 14 victimes civiles commémorées. Des civils se rassemblèrent pour défendre le Parlement et d’autres lieux importants par leur présence. Les images de ces événements furent diffusées à l’étranger.
Le 17 septembre 1991, la Lituanie fut admise aux Nations unies. Le 29 mars 2004, elle rejoignit l’OTAN, le 1er mai 2004 l’Union européenne, et le 1er janvier 2015 elle adopta l’euro.
À voir aujourd’hui
À Vilnius, la tour de télévision et les abords du Parlement sont des lieux de mémoire de janvier 1991. Des civils non armés y défendirent l’État lituanien rétabli.
La Lituanie aujourd’hui
La Lituanie est aujourd’hui un État démocratique indépendant, membre de l’Union européenne et de l’OTAN. La mémoire de l’indépendance et de son rétablissement occupe une place importante dans la vie publique. Les fêtes nationales du 16 février et du 11 mars commémorent ces deux étapes.
L’histoire racontée dans ces cinq chapitres reste visible pour les visiteurs d’aujourd’hui : dans les traditions de l’ambre sur la côte baltique, dans les rues baroques de Vilnius, dans l’architecture moderniste de Kaunas, dans les lieux de mémoire de la période soviétique et dans la langue lituanienne elle-même.
Sources
- Seimas de la République de Lituanie - Origines du parlementarisme moderne
- Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO - le modernisme à Kaunas
- Yale Avalon Project - protocole secret germano-soviétique du 23 août 1939
- Musée du mémorial de l’Holocauste des États-Unis - Lituanie
- UNESCO « Mémoire du monde » - la Voie balte
- Seimas - la Lituanie et l’agression soviétique de 1991
- Bibliothèque numérique des Nations unies - admission de la Lituanie le 17 septembre 1991
- OTAN - élargissement et article 10
- Union européenne : la Lituanie et son adhésion
- Banque centrale européenne - la Lituanie adopte l’euro le 1er janvier 2015